Une enceinte à pavillon qui, selon son concepteur, se contente de quelques watts, un duel en direct entre tubes et transistors, des amplificateurs serbes sur des enceintes suédoises et deux concepteurs venus raconter eux-mêmes leur histoire : TheSS 2026 a de nouveau fait du Dolce La Hulpe, les 3 et 4 octobre, une maison d’écoute au cœur de la forêt de Soignes. Ce ne sont pas les importateurs, mais les commerçants qui décidaient de ce que l’on entendait. Et un message revenait sans cesse : la vraie décision ne se prend pas au salon, mais à la maison.

TheSS 2026 : les commerçants aux commandes, la forêt en décor
The Shop Show, simplement TheSS pour les habitués, a commencé comme le salon de Silences, le bureau de conseil bruxellois en architecture audiovisuelle et domotique KNX d’Alain Stroobants. Depuis l’an dernier, Silences partage l’affiche avec d’autres magasins spécialisés. Pour cette seizième édition, hifi1333 d’Uccle, HifiGroov de Barry près de Tournai et Walden High-End de Tervuren occupaient aussi les salles, avec une cinquantaine de marques au total.
Le cadre fait le reste. « Le cadre est magique », estime Stéphane Even de Neodio. « Nous sommes au milieu d’une forêt et les salles d’écoute sont grandes, on peut donc installer le matériel comme il se doit. » Henri, de hifi1333, voit les visiteurs prendre leur temps ici : « Une belle synergie entre le lieu et les participants. »

Un visiteur venu pour la première fois l’a aussi remarqué. Un ami lui avait proposé d’aller jeter un œil, et l’expérience lui a plu. « Il n’y a pas trop de monde, donc les gens ont énormément de temps pour vous accompagner. Si vous posez des questions ou voulez plus d’explications, ils sont vraiment disposés à le faire. »
hifi1333 : Guru 42, Soulnote et tubes contre transistors
Qui connaît le nom connaît aussi l’adresse : hifi1333 se trouve au numéro 1333 de la chaussée de Waterloo à Uccle, au premier étage de la Galerie du Fort Jaco. Henri y tient un magasin de quatre-vingts mètres carrés, uniquement sur rendez-vous. Depuis l’ouverture, il y a neuf ans, sa clientèle s’est développée par le bouche-à-oreille. Il choisit ses marques sur le rapport qualité-prix et sur le suivi. « Acheter du matériel cher sans service technique après-vente, cela me paraît un peu dangereux. »

Nouveauté dans son offre : Guru, des enceintes conçues par trois Suédois et construites en Tchéquie depuis la relance avec le patron de Pro-Ject, Heinz Lichtenegger. Au TheSS jouait la Guru 42, le dernier modèle : une colonne d’à peine 87 centimètres de haut avec deux woofers orientés vers l’arrière, destinée à être placée près du mur. Henri vante surtout le grave. « Elles descendent très bas, et ce grave s’intègre joliment au reste du spectre. » La Guru 42 coûte 4 990 € la paire ; la gamme démarre à 1 790 € la paire avec la Guru 8.

On retrouvait aussi les amplificateurs japonais Soulnote, « époustouflants » de détail selon Henri, et l’électronique à tubes du grec Lab12. Le programme mettait en avant l’Integre4 Mk2, un amplificateur intégré de 75 watts par canal avec tubes de sortie KT170 et système de polarisation intégré. Avec Raphaël de KRM Audio, hifi1333 a en outre organisé une comparaison en direct, tubes contre transistors, à laquelle les visiteurs ont participé avec enthousiasme selon le magasin. Le matériel du salon est en magasin depuis le 7 octobre.
Silences donne la parole aux concepteurs eux-mêmes
Silences doit son nom à l’idée qu’une restitution correcte du silence dans la musique est aussi de la musique. Outre SIM2, Anthem et MoFi Electronics, qui figuraient au programme, l’hôte a fait présenter deux marques par leur créateur. Stéphane Even a fondé Neodio en 2002. La marque est basée à Bordeaux et fait tout fabriquer en France : câbles, accessoires, amplificateurs comme le TMA et, dernière activité en date, des enceintes. La compacte Lilli est proposée à partir de 4 500 €.

Even veut comprendre la physique derrière ce qu’il appelle les mystères de la hi-fi. Ses propres essais de 2017 l’ont convaincu que les molécules d’eau présentes dans l’environnement sont à l’origine de bon nombre de ces énigmes. De là est née l’Origine B2, que Neodio qualifie de purificateur acoustique (à partir de 600 €). Avec l’homme derrière Silences, le courant passe aussi sur le plan humain : « Il est ingénieur, comme moi. Nous échangeons des idées sur les techniques, les procédés et les matériaux. »

Martin Gateley avait lui aussi fait le déplacement, depuis la Suisse. Il a fondé sound|kaos en 2010 et construit des enceintes sur commande, avec des matériaux naturels comme le bois et le bronze. Là où la plupart des fabricants rendent leurs coffrets aussi inertes que possible, sound|kaos laisse volontairement le bois massif participer pour porter le son dans la pièce. « Nous voulons transmettre autant que possible l’authenticité de la musique », explique Gateley. Au programme de Silences figurait la nouvelle Vox5 : un large bande avec tweeter à ruban RAAL sur un module de grave à deux woofers de 12 pouces, avec une ébénisterie réalisée par un charron près de Gstaad. Elle coûte à partir de 23 500 € la paire.
HifiGroov : du DAC californien aux enceintes suédoises
HifiGroov est l’entreprise familiale de Benoît et de son fils à Barry, une section de Tournai. Ils se décrivent comme « mélomanes et passionnés, depuis deux générations », reçoivent les clients uniquement sur rendez-vous dans leur auditorium et se déplacent volontiers à domicile. Pour le père et le fils, une seule chose compte : des « solutions sur mesure », avec autant d’attention pour la composition du système que pour l’acoustique de la pièce.

Cela se voyait aussi sur leur stand. La chaîne commençait par un streamer du néerlandais Pink Faun et un DAC Cascade de MSB Technology, qui selon HifiGroov construit depuis des décennies en Californie une électronique numérique sans compromis, avec une seule philosophie : repousser les limites techniques pour que l’électronique s’efface derrière la musique. Préamplification et amplification provenaient du serbe Karan Acoustics, du concepteur Milan Karan, les enceintes du suédois Marten, qui baptise ses modèles d’après les grands noms du jazz. Ikigai Audio, également néerlandais, fournissait les câbles, et le canadien Torus Power l’alimentation secteur.
Les colonnes Marten en noyer et les appareils Karan argentés aux afficheurs rouges se dressaient devant un mur couvert de panneaux acoustiques en bois, flanqués de part et d’autre d’un grand bouquet : l’œil aussi veut son plaisir. HifiGroov le résume ainsi : « Des marques d’exception et des savoir-faire variés, réunis autour d’un seul objectif : une restitution naturelle, dynamique et profondément musicale. » Pour écouter cette association avec votre propre musique, une séance privée vous attend à Barry.

Walden High-End : un pavillon aux gènes des débuts du cinéma parlant
Jan Dhont était déjà présent l’an dernier et est revenu avec plaisir. Il tient Walden High-End sur la chaussée de Bruxelles à Tervuren, et ce depuis trois ans seulement. « Un hobby qui a pris des proportions », dit-il, « et aussi un peu une quête d’autre chose. » La musique lui apporte la sérénité, et c’est cette sérénité qu’il veut aussi faire entrer dans le salon de ses clients.

Sa vedette au TheSS était la Maiesta de Tonapparate, la marque allemande dont nous avions évoqué la Model 55 l’an dernier. Chaque enceinte embarque un pavillon médium d’une longueur acoustique de 1,7 mètre, en placage épais et bois massif, animé par une chambre de compression inspirée de la Western Electric 555 des débuts du cinéma parlant. Avec un rendement annoncé de 105 dB, la Maiesta se contente selon le fabricant d’un à dix watts par canal : une aubaine pour les amateurs de petits amplificateurs à tubes. Audio Note figurait aussi au programme, la marque avec laquelle Walden avait déjà fait sensation l’an dernier.
« Les gens restent assis et profitent de la musique », raconte Dhont. « Et quand ils demandent autre chose ou un morceau précis, je trouve toujours cela positif. » Car Jan veut toujours « créer de vrais moments musicaux chez vous ».

Après TheSS 2026, la vraie écoute commence à la maison
Cette dernière phrase est le fil rouge du week-end. Comme HifiGroov, hifi1333 aime aussi faire des démonstrations chez le client. Henri propose pour cela des formules souples, sans obligation d’achat. « Un deuxième salon, mais à la maison, dans votre propre salon », dit-il, jouant sur le double sens du mot en français.
Un salon comme celui-ci a pourtant sa propre valeur : c’est l’une des rares occasions de comparer en une journée des systèmes autrement dispersés entre Uccle, Tervuren, Barry et les showrooms de Silences. « On voit ici des pièces magnifiques que l’on ne verra peut-être pas en magasin », souligne Jan Dhont.











